Après l’annulation du 53e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, Casemate a demandé aux Grands Prix de la ville de partager leurs bons et mauvais souvenirs, mais aussi d’esquisser leur festival rêvé. Douze ont répondu à notre appel, avant que nous ne mettions sous presse le Casemate n°198. Depuis, deux autres Grands Prix nous ont écrit. Voici, pour casemate.fr, leurs témoignages.

SIMMONDS · Grand Prix 2024
“Je me suis sentie plus jeune”

Posy Simmonds : Avant 2000, mon travail n’était connu que dans la presse britannique. Au festival d’Angoulême, cette année-là, j’ai réalisé que je faisais partie du vaste monde BD – une heureuse révélation. J’étais émerveillée par l’immense diversité du neuvième art, la foule, les files d’attente, les vedettes de la BD. Par la façon dont une foule s’est jetée sur les canapés et le vin. J’ai toujours passé un bon moment au festival. J’allais souvent me coucher à 2h du matin, ce qui m’a fait me sentir jeune… avant que mon âge réel se fasse ressentir le lendemain matin. Une année, il a neigé… J’étais dans le dernier train quittant Angoulême, luttant vaillamment contre l’enfer blanc. Nous sommes arrivés à Paris avec un peu de retard. Un peu ivres aussi. Je comprends bien les raisons pour lesquelles le festival n’a pas eu lieu cette année. J’espère vivement qu’une réorganisation complète et satisfaisante pourra avoir lieu.
Dernière œuvre parue : Cinq contes, Denoël Graphic.

COSEY · Grand Prix 2017
“Je n’y croyais plus !”

Cosey : L’annonce de mon Grand Prix fut un moment fort. Mon nom était revenu parmi les trois nominés, lors des deux années précédentes. Je me réjouissais chaque fois et… déception. Cette fois, n’y croyant plus, j’ai décidé de ne pas venir à Angoulême, avant que Diane Rayer, responsable de la communication au Lombard, me téléphone la veille au soir. En voyant son numéro s’afficher, j’étais persuadé qu’une fois de plus, ce ne serait pas pour moi : « C’est toi ! Tu as le prix ! Je te réserve le train pour demain ! Tu ne peux pas dire non ! » J’ai déjà eu la chance de recevoir d’autres prix, mais pour moi, le Grand Prix d’Angoulême est inégalable, parce qu’il est attribué par l’ensemble de la profession, par plein d’auteurs dont j’admire le travail. C’est très fort ! J’ai tout de même un petit regret, car j’aurais aimé partager un repas avec les Grands Prix des années précédentes. Cette année, l’annulation du festival est triste, mais nécessaire. De mon côté, je ne fais plus de dédicaces dessinées. Je comprends les collectionneurs, mais me demande si cette formule les satisfait vraiment. « C’est pour quel prénom ? » Un dessin stéréotypé, puis « au suivant » ! Je n’arrive pas à parler en dessinant. C’est une non-rencontre. La formule d’un débat avec le public me semble tellement plus vivante et intéressante : une petite présentation de l’auteur, réalisée par un·e modérateur·trice, puis questions-réponses avec le public, une vraie rencontre.
Dernière œuvre parue : Yiyun, Le Lombard.

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